Les Envisibles

Les Envisibles
commissariat : collectif espace fine
VERNISSAGE LE SAMEDI 2 JUILLET
de 15h à 20h, en présence des artistes.
exposition du 2 au 23 juillet 2022
avec
Alice Bandini
Amélie Bernard
Olivier Catté
Pierre Daquin
Valentine Esteve
Aharon Gluska
 Matthieu Flores
Pyaloma
Sur invitation de la Galerie Lazarew, le collectif espace fine réunit dans
l'exposition Les Envisibles huit artistes qui interrogent la notion de matérialité. Par des procédés de détournement, d'assemblage, de récupération ou de soustraction, les artistes invité.e.s dévoilent dans les matériaux utilisés,
la possibilité de nouveaux horizons formels.
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L’exposition « Les Envisibles » réunit les œuvres d’Alice Bandini, Amélie Bernard, Olivier Catté, Pierre Daquin, Valentine Estève, Mathieu Flores, Aharon Gluska et Pyaloma. À travers un corpus d’œuvres protéiformes, l’exposition interroge la notion de matérialité : par des procédés de détournement, d’assemblage, de récupération ou de soustraction, les artistes invité.e.s dévoilent dans les matériaux utilisés la possibilité de nouveaux horizons formels. Leurs œuvres explorent ainsi l’envers du visible ; elles subliment la matière et ses propriétés inattendues afin d’ouvrir la voie à des nouvelles formes de représentation.
Cette réflexion autour de la matière se concrétise par la mise au point de procédés de production singuliers, qui intéressent à la fois les médiums traditionnels et ceux issus d’autres domaines de production.
Créés dans des bassins d’encre et de pigment, les « paysages imaginaires » d’Aharon Gluska s’esquissent sur le papier à l’aide de répulsifs et fixateurs, qui permettent l’émergence d’une image en relief et texture. Soumise aux aléas des processus chimiques, la peinture réplique la nature lente et imprévisible des événements géologiques qui composent les panorama naturels.
Des supports industriels tels que le papier kraft sortent du régime de la bidimensionnalité dans l’œuvre de Pierre Daquin, qui fait apparaître par le biais de techniques singulières (brûlures, déchirures, torsions ou interpolations de matière) des géométries abstraites et complexes à partir de matériaux de production pauvres. Symbole de la culture du déchet de l’ubérisation, le carton de récupération est mis à l’honneur dans le travail d’Olivier Catté : suite à un premier geste de peinture, l’artiste creuse et déchire la matière, faisant émerger la géométrie des villes urbaines auxquelles il appartient. Émancipés de leur contexte d’utilisation premier, les matériaux constitutifs de notre quotidien nous révèlent ainsi leur plasticité intrinsèque.
Entre paysages architecturaux et anatomiques, la série « Broken Skins » d’Amélie Bernard s’inscrit dans une plasticité de l’usure : dans ces œuvres, l’artiste travaille par superposition de matériaux divers, (plâtre, acier, polystyrène), qu’elle creuse, brûle et déchire, créant des ouvertures dans les couches de matière. Telles des plaies ou des fissures, ces espaces creux renvoient à la fois aux cycles de vie de la matière organique et inorganique, établissant un parallèle entre l’épiderme, écrin protecteur du corps, et les murs, enveloppes architecturales de nos habitations. L’œuvre de Valentine Estève aborde également l’architecture complexe des espaces urbains, qu’elle réduit à sa géométrie première. L’acier, matériau de construction, sert ici à dessiner les contours de nouveaux espaces projectifs et imaginaires, tandis qu’à partir de la matière textile, l’artiste nous donne à voir un cliché surexposé de notre environnement quotidien : dans ce paysage abstrait et saturé, on devine avant tout notre capacité à structurer l’espace par la couleur.
Tel un souvenir du corps-à-corps — physique et conceptuel — qui sous-tend le moment de la création, les œuvres présentées ici s’apparentent à des reliques qui porteraient la trace du contact entre la matière et l’artiste. Cette dimension sensible et sensorielle de la création est évidente dans l’œuvre de Pyaloma, qui travaille la peinture acrylique tel un objet sculptural. Les encres et les pigments qui composent ses œuvres s’émancipent des surfaces qui les enferment afin de devenir à leur tour supports de la création plastique, des objets aux formes organiques et vitales qui exaltent la peinture dans son aspect tactile et malléable. L’œuvre de Mathieu Flores met également à l’honneur cette dimension haptique de la création. Réalisées en plâtre, matériau polyvalent inscrit tant dans l’histoire de l’art que dans celle de la production industrielle, ses sculptures illustrent cette esthétique du toucher qui est propre à son travail. Le corps de l’artiste modèle la matière qui en module le geste : c’est de cette relation de correspondance et de collaboration qu’émergent les formes.
Cette réflexion sur la matérialité renvoie ainsi invariablement au corps, à la mémoire du geste imprimé dans la matière : ces œuvres mobilisent alors l'imaginaire de l’absence, expriment le désir de ce qui n’est plus là. Les pièces d’Alice Bandini, réalisées à partir de chutes de cuir issues de l’industrie de la maroquinerie de luxe et marquées par les découpes successives, évoquent d’emblée cette double relation : pliés sur eux-mêmes ou suspendus, les fragments réanimés par l’artiste évoquent des corps morcelés dont on devine presque les contours.
Virna Gvero et Jade Mahrour, collectif espace fine